Bruxelles : un projet commun ambitieux…
Une grande ambition régionale est-elle possible sans leadership régional clair ? sans projet régional commun ? sans adhésion citoyenne forte ? sans solidarité citoyenne forte ?
Comme dans toute ville, comme dans toute région, le vivre ensemble doit se bâtir sur plusieurs valeurs universelles : le respect mutuel, la solidarité, et un projet commun ambitieux.
Au carrefour de deux grandes cultures, enrichie par une importante immigration européenne et mondiale, capitale des communautés culturelles française et flamande, capitale de la Belgique, capitale de facto des institutions européennes, Bruxelles a la chance de pouvoir se construire un destin exceptionnel.
Mais elle souffre de plusieurs handicaps sérieux, qu’il faudra surmonter. Troisième Région la plus riche d’Europe, grande pourvoyeuse d’emplois, Bruxelles souffre d’un taux de chômage disproportionnellement élevé, et voit s’installer une dualisation entre zones riches et pauvres, entre écoles élitistes et populations sous-qualifiées, avec évolution vers une ghettoïsation progressive. Enserrée dans une frontière régionale qui ne correspond pas aux limites réelles de l'agglomération bruxelloise, Bruxelles voit progressivement ses habitants aisés et ses industries dynamiques s’installer en périphérie flamande ou wallonne, la privant de revenus essentiels à son redéploiement. Quant aux 650.000 emplois qu’elle offre, 55% sont occupés par des résidents des Régions voisines, qui profitent de ses infrastructures (routières, hospitalières, etc.) , mais paient leurs impôts dans leur Région de résidence.
Les Etats Généraux de Bruxelles ont mis en avant les grandes lignes d’un projet de Région ambitieux, qui surmonte nos difficultés et mise sur notre potentiel exceptionnel. Il se décline en cinq chantiers :
- profiter du “city boom” pour faire de Bruxelles une ville durable
- réussir la ville en réduisant la fracture sociale
- assumer son destin de capitale de l’Europe
- vers une nouvelle gouvernance : efficacité et confiance
- miser sur le meilleur atout de Bruxelles: ses jeunes
Et tous les partis traditionnels partagent une grande partie de cette vision. Mais leur organisation en partis communautaires et la communautarisation des institutions bruxelloises constituent des obstacles majeurs à sa réalisation.
En effet, une grande ambition régionale est-elle possible
- sans leadership régional clair ?
- sans projet régional commun ?
- sans adhésion citoyenne forte ?
- sans solidarité citoyenne forte ?
Quelle ambition régionale, si nous dépendons selon les cas de 5 gouvernements différents ?
Quelle ambition régionale, si nos listes électorales sont régentées par nos grands voisins ?
Quelle ambition régionale, si aucun parti bruxellois ne se présente comme porteur d’une vision destinée à tous les citoyens ?
Quelle ambition régionale, si nos responsables politiques font carrière dans des partis qui se réclament, les uns du front francophone, les autres de la nation flamande ?
Quelle ambition régionale, si nous n’avons aucune prise sur la situation dramatique qui caractérise certains secteurs de l’enseignement, soumis à l’autorité des Communautés et non celle de la Région bruxelloise?
Quelle ambition régionale, si nous ne disposons pas du même degré d’autonomie que les Régions voisines ?
Quelle ambition régionale, si nous ne sommes pas représentés en tant que Région au sein du parlement fédéral ? Si, contrairement aux Communautés, et donc aux deux autres Régions qui s’y superposent plus ou moins, nous ne sommes pas protégés par des majorités spéciales et autres mécanismes paritaires ? Si, contrairement à la Communauté germanophone, nous ne sommes pas représentés comme tels au parlement européen ?
Par ailleurs, quelle adhésion citoyenne, lorsque le choix posé à l’électeur se limite à des partis qui, d’emblée, ne s’adressent qu’à une portion des habitants ?
Quelle adhésion citoyenne, si les nouveaux arrivés doivent opter pour l’un des réseaux communautaires ?
Quelle adhésion citoyenne, si les belges de naissance eux aussi doivent choisir entre une carte d’identité française ou flamande (comme ce fut imposé dans les années 30 par l’administration belge au Rwanda, où l’on força de noter l’ethnie sur les cartes d’identité: Hutu, Tutsi, ou Twâ ? )
Quelle adhésion citoyenne, si nous ne pouvons mettre en œuvre un espace de vie culturelle commune, des medias régionaux communs ?
En votant Pro Bruxsel, ou AM22, nous ferons un premier pas dans la bonne direction : soutenir l’émergence d’une citoyenneté et d’une force politique bruxelloises, capables de porter un projet ambitieux pour la Région, en bonne synergie avec les Régions voisines. C’est l’objectif de cette campagne.
